Degas

Fils du riche banquier Auguste de Gas et de Célestine Musson, Edgar de Gas naît à Paris le 19 juillet 1834 et grandit dans un milieu bourgeois cultivé. Il a quatre frères et sœurs et jouit d’une enfance dorée.

Après son baccalauréat, il commence à fréquenter le Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale. Dessinateur inlassable, il y copie des œuvres de Albrecht Dürer, Andrea Mantegna, Paul Véronèse, Francisco Goya, Rembrandt. Il passe ses journées au Louvre, fasciné par les peintres italiens, hollandais et français. En 1854, il s’inscrit à l’atelier du Lyonnais Louis Lamothe, élève assez médiocre de Dominique Ingres et des frères Flandrin. De son côté, son père, amateur raffiné d’art et de musique, lui présente quelques-uns des plus grands collectionneurs de Paris, comme Lacaze, Marcille, et Valpinçon.

En 1855, il commence à suivre des cours à l’École des Beaux-Arts de Paris ; cependant, préférant approcher directement l’art des grands maîtres classiques tels Luca Signorelli, Sandro Botticelli et Raphaël, il entreprend de 1856 à 1860 de nombreux voyages en Italie, d’abord dans sa famille à Naples, puis à Rome et Florence, où il se lie d’amitié avec le peintre Gustave Moreau.

Ses œuvres de jeunesse comptent quelques peintures d’inspiration néoclassique, mais surtout de nombreux portraits des membres de sa famille. De 1865 à 1870, il propose au Salon son œuvre en cours. De 1874 à 1886, Degas envoie des œuvres aux expositions impressionnistes à l’organisation desquelles il participe très activement. Il a alors de très nombreux contacts avec des peintres de sa génération, notamment Pissarro, mais aussi avec des artistes d’avant-garde plus jeunes.

Malgré ses voyages en province et à l’étranger, c’est Paris qui compte essentiellement pour Degas — et à Paris, Montmartre. Il fréquente certains cénacles, ateliers, cafés littéraires et mène avec quelques bourgeois, ses intimes, une vie conformiste de célibataire hautain. De son milieu familial, il conserve la réserve et le respect des principes. Sa délicatesse de cœur, son intransigeance morale lui valent l’estime de tous. Il participe activement aux discussions qui réunissent les jeunes artistes d’avant-garde et son ami Édouard Manet au café Guerbois.

À partir de 1875, en proie à de nombreuses difficultés matérielles, la peinture devient sa source de revenu. Dans les années 1880, alors que sa vue commence à décliner, Degas privilégie le pastel, auquel il mêle parfois l’aquarelle et la gouache. Les tableaux de cette période témoignent d’un travail très moderne sur l’expressivité de la couleur et de la ligne. À la fin des années 1890, presque aveugle, il se consacre quasi exclusivement à la sculpture, qu’il pratique déjà depuis une dizaine d’années, transposant ses sujets favoris dans la cire. L’exposition de vingt-six paysages qu’il présente en octobre 1892 à la galerie Durand-Ruel est sa première et dernière exposition personnelle. À partir de 1905, le peintre se retranche de plus en plus dans son atelier, luttant contre la cécité qui le gagne. Presque aveugle depuis quelques années, Degas meurt d’une congestion cérébrale à Paris le 27 septembre 1917, âgé de 83 ans. Il est inhumé au cimetière de Montmartre. L’année suivante, les œuvres accumulées dans son atelier et son importante collection sont dispersées aux enchères.

La collection personnelle de Degas était principalement dédiée à l’art français du XIXe siècle, et en particulier à Ingres et Delacroix, deux artistes merveilleusement représentés tant en quantité qu’en qualité. À plusieurs reprises, Degas a d’ailleurs reconnu l’admiration qu’il portait à l’art des deux grands maîtres, à leurs techniques mais aussi à leur culture artistique. À travers leurs œuvres, Degas renouait avec les maîtres du passé et consolidait sa culture classique.

L’influence d’Ingres fut certainement prépondérante dans sa jeunesse. À vingt et un ans, le jeune Degas obtient de rencontrer le vieux maître dans son atelier. La même année, il copie avec passion des œuvres présentées dans la rétrospective consacrée à Ingres. Peint à cette époque, le premier grand autoportrait de Degas fait clairement référence à celui d’Ingres datant de 1804. Le jeune artiste ne s’est cependant pas représenté en peintre mais en dessinateur, un porte-fusain à la main, se remémorant peut-être les conseils qu’Ingres venait de lui prodiguer : « Faites des lignes, beaucoup de lignes, et vous deviendrez un bon artiste. »

Même à la fin de sa carrière, Degas n’abandonna pas l’approche académique qui consiste à mettre en place une composition à l’aide de dessins préparatoires, et notamment d’études d’après modèle vivant. De la même façon qu’il préparait ses tableaux d’histoire, il a souvent recours au dessin pour ses dernières scènes de la vie moderne. Il continue à appliquer les préceptes d’Ingres. Se souvenant des nus féminins d’Ingres comme la « Baigneuse Valpinçon », il dessine ses femmes à leur toilette, en cernant d’un trait sombre et sensuel les contours de leur corps.

Degas admire les œuvres qu’Eugène Delacroix présente au Salon de 1859 et étudie sa peinture, entreprenant notamment une copie à l’huile de « l’Entrée des Croisés à Constantinople ». Désormais, Degas s’attache à réconcilier couleur et dessin, mouvement et structure, en réalisant la synthèse des diverses influences qu’il continue à recueillir.

Dans sa dernière période, Degas fait en effet de plus en plus appel à des coloris éclatants, voire criards, et à des harmonies de couleurs complémentaires. En digne successeur de Delacroix, il libère sa palette de toutes contraintes pour peindre selon ses propres termes des « orgies de couleur ». En 1889, Degas voyage à Tanger sur les pas de son illustre prédécesseur.

Pendant les vingt premières années de sa carrière, Degas expérimente tous les genres. Il a tout d’abord une prédilection pour les portraits. Dans ceux-ci, les accessoires prennent parfois tant d’importance que les œuvres sont à mi-chemin entre portrait et nature morte. Il apparaît très tôt capable de composer de grandes toiles ambitieuses comme « La famille Belleli ». Au début des années 1860, Degas aborde le genre des peintures historiques, en ayant recours de manière très personnelle à diverses sources d’inspirations. Il ne délaisse pas pour autant la peinture de genre, se passionnant très tôt pour les courses de chevaux, puis pour la danse, l’opéra, les cafés-concerts et la vie quotidienne. La danse est un sujet qui marquera la carrière de Degas. Il était en admiration devant ces danseuses qui rayonnaient sur la scène. Elles étaient comme des étoiles dont notre regard ne pouvait se détacher. Il les montrait en préparation, derrière la scène et lors de leur prestation. Degas allait sur place pour représenter du mieux qu’il pouvait les moindres détails, c’est pour cette raison que ces tableaux nous touchaient tant.

Pour ces scènes de la vie moderne, il a parfois recours à des effets lumineux expressifs et invente des mises en page très audacieuses. Le genre du paysage est certainement celui que Degas a le moins travaillé, même s’il a exécuté une série ponctuelle de paysages au pastel. Enfin, les premières tentatives de sculptures demeurent quant à elles marginales par rapport aux huiles sur toiles, avec lesquelles Degas met progressivement en place une « Nouvelle peinture » qui s’épanouira au cours de la décennie suivante.

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