Vermeer

Johannes ou Jan Vermeer, (baptisé à Delft, le 31 octobre 1632 – enterré dans cette même ville, le 15 décembre 1675) est un peintre baroque néerlandais (Provinces-Unies) parmi les plus célèbres du siècle d’or. Il réalisa surtout, dans un style raffiné, des peintures de genre, principalement des intérieurs montrant des scènes de la vie domestique.

La carrière de Vermeer fut relativement courte et son œuvre de faible ampleur : en vingt ans, il n’a guère peint plus de quarante-cinq tableaux dont quelques-uns ont disparu : aujourd’hui, seuls trente-cinq lui sont attribués avec certitude, et deux font encore l’objet de discussions.

Dans la cité hollandaise rattachée à la Maison d’Orange et qui bénéficiait encore d’un statut privilégié, il semble que Vermeer ait acquis une réputation d’artiste novateur, mais il est fort possible que sa notoriété dépassât peu le territoire provincial de Delft.

Il travaillait lentement et avec méticulosité. Ses œuvres se distinguent par une combinaison de couleurs inimitables – des couleurs claires, et des pigments quelquefois coûteux, avec une prédilection pour l’outremer naturel et le jaune –, la maîtrise dans le traitement et l’emploi de la lumière, et un arrangement idéal, créant une illusion d’espace particulière. Il a créé un monde plus parfait qu’aucun dont il eût été témoin.

Vers la fin des années 1640, Vermeer dut certainement entamer son apprentissage auprès d’un maître, puisqu’il fut admis comme maître à la guilde des peintres de Saint-Luc de Delft le 29 décembre 1653, et qu’il était pour cela requis d’avoir suivi une telle formation, qui durait en général quatre à six ans.
Ses premières œuvres, des tableaux d’histoire – un genre beaucoup mieux considéré à l’époque que les portraits et les paysages – montrent d’évidentes ressemblances avec les peintures de Jacob Van Loo (1614-1670) et de l’Anversois Erasme Quellin (1607-1678) ; tous deux étant actifs à Amsterdam, on a pu penser que c’est sous l’égide de l’un ou de l’autre, dans cette ville, que Vermeer apprit la peinture.

On a également évoqué Carel Fabritius (1622-1654), lui-même élève de Rembrandt. En effet, certains tableaux plus sombres ou mélancoliques de Vermeer, comme Une jeune fille assoupie, ne sont pas sans parenté avec certaines réalisations de Fabritius. Toutefois, ce dernier, s’il fut actif à Delft, n’était pas encore habilité à s’entourer d’apprentis pendant la période concernée.

À la mort du père de Vermeer en octobre 1652, son fils lui succède comme marchand de tableaux. Le 5 avril 1653, Vermeer fait enregistrer son intention d’épouser Catharina Bolnes, une catholique aisée, et le mariage proprement dit dut sans doute avoir lieu en avril ou mai de la même année, à Schipluiden, un village proche de Delft. Vermeer, qui avait reçu une éducation protestante calviniste, semble alors s’être converti à la religion de sa femme, et vraisemblablement sa belle-mère, Maria Thins, qui jouissait d’une situation matérielle bien plus confortable que celle du peintre.

Maria Thins s’était séparée de son mari en 1641 parce que celui-ci la battait. Elle occupait une maison assez spacieuse de l’Oude Langendijk, à l’endroit où se trouve aujourd’hui une église. Peu après leur mariage, Johannes Vermeer et Catharina emménagent chez elle.

Le couple a eu, semble-t-il, onze enfants en tout, dont quatre sont morts en bas âge.

Sept mois environ après son mariage, le 29 décembre 1653, Johannes Vermeer entre dans la guilde de Saint-Luc de Delft. D’après les archives de la corporation, Vermeer y est inscrit sans s’être acquitté des droits d’admission en usage, sans doute parce que sa situation financière, alors, ne le lui permet pas. Il aurait finalement trouvé un mécène en la personne de Pieter Claesz. Van Ruijven, un riche percepteur patricien de Delft et un grand collectionneur de peintures ; en 1657, celui-ci prête à l’artiste la somme de 200 florins. Vermeer peut par la suite présider la guilde à quatre reprises, en 1662, 1663, 1670 et 1671, ce qui démontre que ses pairs reconnaissaient son talent.

Tout comme son père, il exerce l’activité de marchand de tableaux, mais il se considère lui-même avant tout comme peintre. Pieter de Hooch arrive à Delft en 1654 : les deux artistes ont pu alors se fréquenter ; ensemble, ils contribueront à créer un style nouveau de peinture de genre en reproduisant les effets réalistes de lumière et de texture.

Vermeer travaillait sur commande, et lentement, ne réalisant, semble-t-il, pas plus de trois tableaux par an.

Vermeer a sans doute exécuté la plupart de ses toiles pour des particuliers et non pour le grand public du marché de l’art. Il semble par ailleurs avoir été apprécié en qualité d’expert en tableaux, puisqu’en 1672, en même temps que trente-quatre autres peintres dont Jan Lievens, Melchior D’Hondecoeter et Gerbrand van den Eeckhout, Vermeer fut convoqué à La Haye pour expertiser une collection de treize toiles vénitiennes vendues à Frédéric-Guillaume, Grand Électeur de Brandenbourg, par Gerrit Uylenburgh.

En 1672 – année appelée en néerlandais la Rampjaar –, une crise économique grave frappe les Provinces-Unies. L’année voit non seulement le début de la guerre de Hollande avec l’invasion au sud par l’armée française de Louis XIV, mais aussi celui de la Troisième Guerre anglo-néerlandaise : la flotte anglaise, alliée aux principautés de Cologne et Münster, attaque le pays à l’est(?) dans le but de mettre un terme à son hégémonie. Dans la panique, des commerces et des écoles sont fermées. Les affaires de Vermeer, comme peintre mais aussi comme vendeur de tableaux, sont touchées par la chute du marché de l’art. La belle-mère de Vermeer, Maria Thins, qui possédait des maisons et des terres près de Schoonhoven, perd elle aussi une part de ses revenus, car le territoire est alors sous eau. Dans ce contexte désastreux, et afin de pouvoir continuer à subvenir aux besoins de sa nombreuse famille, Vermeer est contraint d’emprunter à nouveau de l’argent.

Les choses s’aggravent encore l’année suivante avec la mort de Van Ruijven, qui semble avoir été le principal mécène du peintre. En 1675, Maria Thins enverra Vermeer à Amsterdam pour y régler pour elle une transaction ; elle le chargeait en fait de contracter pour elle un emprunt.

Cette succession de revers précipitent la mort du peintre, qui survient soudainement, en décembre 1675. Sa femme le racontera plus tard : « Pour cette raison et à cause des grandes dépenses occasionnées par les enfants et pour lesquelles il ne disposait plus de moyens personnels, il fut si affligé et s’affaiblit tellement qu’il en perdit la santé et mourut en l’espace d’un jour et demi ».

Le microscopiste Antoni van Leeuwenhoek, à qui il arrivait de travailler pour le conseil municipal, fut désigné comme curateur. La maison, qui comprenait huit pièces au rez-de-chaussée, était remplie de peintures, de dessins, de vêtements, de chaises et de lits. Dans l’atelier du peintre défunt, se trouvaient parmi « un fatras dont il ne valait pas la peine de dresser l’inventaire », deux chaises, deux chevalets, trois palettes, dix toiles, un bureau, une table en chêne et une petit armoire en bois munie de tiroirs35. Il y avait également des berceaux et des lits un peu partout dans la maison36. Restée seule avec onze enfants à élever, Catharina demanda à la Haute Cour d’étendre l’échéance pour le payement des créditeurs37.. Dix-neuf toiles de Vermeer revinrent à Catharina et à sa mère. La veuve en vendit deux autres au boulanger pour pouvoir s’acquitter des dettes.

À Delft, Vermeer était un artiste respecté, mais il était resté pour ainsi dire inconnu à l’extérieur de sa ville. Le fait que ce fut vraisemblablement Van Ruijven, un mécène local, qui acquit la plus grande part de sa production est sans doute l’une des raisons pour lesquelles sa réputation n’a pas été propagée davantage. La collection de Van Ruijven, à la mort de ce celui-ci, fut léguée à sa fille et à son beau-fils, Jacob Dissius. Quand ce dernier mourut à son tour, en 1695, il possédait vingt et un tableaux de Vermeer, qui furent vendus aux enchères à Amsterdam, et l’œuvre fut dispersée.

Vermeer, au cours de sa carrière, ne semble pas avoir eu d’élèves.

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