La Tour

Georges de La Tour naît le 14 mars 1593 à Vic-sur-Seille dans le duché de Lorraine, qui bien que faisant officiellement partie du Saint Empire romain germanique, est sous contrôle français depuis 1552.

L’acte de baptême de Georges de La Tour, conservé à la mairie de Vic-sur-Seille, indique qu’il est le fils de Jean de La Tour dit « l’architecte », boulanger, et de Sibylle de Crospeaux, issue également d’une famille de boulangers. Il est le second des sept enfants de la famille.

Son parcours, et particulièrement sa formation initiale, restent mal connus. Il débute une carrière de peintre et fait peut-être la rencontre des maîtres hollandais de l’école caravagesque d’Utrecht Gerrit van Honthorst et Hendrick Terbrugghen lors d’un voyage en 1616. Il a été avancé qu’il se serait rendu à Rome où il aurait découvert l’œuvre de Caravage, mais rien ne l’atteste et s’il est clairement influencé par le caravagisme, cela semble s’être fait plutôt par le biais de la connaissance de l’œuvre de Terbrugghen, peintre auquel il a été souvent comparé. Il serait donc l’un des rares peintres français de l’époque à ne pas avoir entrepris le classique voyage en Italie. Il se marie en tout cas le 2 juillet 1617 à Vic-sur-Seille avec Diane Le Nerf, membre d’une famille noble de Lunéville. Les deux époux s’installent dans cette ville où de La Tour commence une carrière brillante, sous le règne d’Henri II de Lorraine, admirateur du Caravage : il multiplie les tableaux à sujet religieux mais aussi les scènes de genres, les tableaux réalistes représentants musiciens et mendiants. En 1620, il est même reçu bourgeois de la ville, doté par le duc de lettres d’exemption qui lui octroient les franchises accordées aux personnes de qualité noble. Il devient lui-même l’un des bourgeois les plus riches de Lunéville et reçoit de nombreuses commandes de la bourgeoisie et de la noblesse lorraine, bien qu’il ne parvienne pas à devenir peintre officiel du duc Henri II, ce titre étant réservé à Claude Deruet.

Mais à partir de 1633, la Lorraine, dirigée depuis peu par le maladroit duc Charles IV et jusque-là prospère et sûre, va sombrer dans les destructions de la guerre de Trente ans. Lunéville, où réside de La Tour, est incendiée en septembre 1638 et le peintre est obligé de quitter la ville pour se réfugier avec sa famille à Nancy. Il quitte alors la Lorraine et voyage à Paris puisqu’en 1639 il y reçoit le titre de peintre ordinaire du roy ainsi qu’un logement au Louvre, le roi Louis XIII possédant son Saint Sébastien soigné par Irène. Ses possessions et privilèges sont chez lui en Lorraine et dès que sa maison est reconstruite il est de retour à Lunéville, qui devient française avec le reste du duché de Lorraine en 1641. Le succès est toujours là puisque plusieurs fois le Duc de la Ferté, gouverneur français de la Lorraine, lui commande des œuvres – notamment des tableaux nocturnes. Les œuvres de la fin de sa vie représentent exclusivement des scènes religieuses – bien que marquées par la peinture de genre – probablement, selon le critique Anthony Blunt, en raison du regain d’importance de la vie religieuse initié par les franciscains en Lorraine après la guerre de Trente Ans. Georges de la Tour meurt subitement le 30 janvier 1652 à Lunéville lors d’une épidémie qui emporte également sa femme et son valet. Il sombre alors rapidement dans l’oubli.

Les premières œuvres de de La Tour sont caractérisées par l’influence du Caravage, probablement via ses suiveurs hollandais, notamment dans le choix de scènes de genres mettant en scène tricheries et duperies (Le Tricheur à l’as de carreau ou La Diseuse de bonne aventure par exemple) ou encore des rixes de clochards (thèmes qui ont été popularisés par les artistes hollandais). Ces œuvres sont à placer relativement tôt dans la carrière du peintre – avant 1640 en tout cas. Ses premières œuvres montrent également l’influence du peintre lorrain Jacques Bellange.

De La Tour est avant tout connu pour les effets de clair-obscur qu’il introduit dans des scènes nocturnes et qu’il a développés bien plus que tous ses prédécesseurs, tout en transférant leur usage, jusque-là réservé à la peinture de genre par les hollandais, dans des sujets religieux. Contrairement au Caravage, ses peintures religieuses ne présentent pas d’effets dramatiques, si bien que l’on pourrait même les confondre avec des scènes de genres, des scènes de la vie quotidienne (La Nativité de Rennes en est l’un des meilleurs exemples). Cette deuxième phase dans sa production picturale commence à partir des années 1640. Les compositions géométriques et la simplification des formes qu’il met en œuvre montrent bien la particularité de son approche du clair-obscur et des leçons du Caravage, ce qui le met en marge du mouvement ténébriste d’un Jusepe de Ribera et des suiveurs italiens du Caravage.

Le style unique que de La Tour a développé, ainsi que sa prédilection pour des sujets nocturnes au cadrage serré et où la source de lumière n’est la plupart du temps qu’une chandelle, permettent bien souvent de reconnaître d’emblée un tableau comme étant de sa main ou de son école.

Il a souvent peint plusieurs versions d’un même tableau (comme le Tricheur à l’as) mais sa production – ou ce qu’il en reste – est relativement restreinte. Son fils Étienne ayant été son élève, ses œuvres ayant souvent été imitées ou copiées ainsi que le manque de sources et de documents sur sa vie et son travail font qu’il est souvent difficile d’établir le corpus des œuvres de Georges de La Tour, seules une trentaine lui ayant été rendues avec sûreté. Le travail d’attribution n’est donc pas encore terminé aujourd’hui.

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