Bruegel

Pieter Brueghel ou Bruegel dit l’Ancien est un peintre brabançon né à Bruegel (près de Bréda) vers 1525 et mort le 9 septembre 1569 à Bruxelles.

Avec Jan Van Eyck, Jérôme Bosch et Pierre Paul Rubens, il est considéré comme une des quatre grandes figures de la peinture flamande.

Grâce à la date de sa mort (1569), « dans la fleur de l’âge » (« medio aetatis flore ») soit entre 35 et 45 ans, et celle de son admission comme maître dans les liggeren (« registres ») de la Guilde de Saint-Luc à Anvers (en 1551), soit habituellement entre 21 et 25 ans, on peut situer la date de naissance de Brueghel entre 1525 et 1530, ce qui en fait un contemporain de Philippe II d’Espagne.

Selon Carel Van Mander, Pieter serait né « non loin de Breda, dans un village qu’on appelait naguère Bruegel, nom qu’il conserva pour lui-même et pour ses descendants ». Or, il y eut deux villages ayant porté le nom de Brueghel ou Brogel, l’un situé dans le Brabant du Nord, à environ 55 km de l’actuelle ville hollandaise de Bréda, l’autre – qui était double et dénommé Grote (Grand) Brogel et Kleine (Petit) Brogel – situé dans l’actuel Limbourg belge, à environ 71 kilomètres de Bréda, et appartenait à l’époque à la principauté de Liège. Divers biographes et historiens ont par la suite établi que Kleine-Brogel et Grote-Brogel étaient à environ 5 km de Bree qui, au XVIe siècle, s’appelait Breede, Brida ou en latin Bréda. Van Mander n’aurait pas pensé que Breda en Brabant puisse être confondu avec Breede – Brida – Bréda en Limbourg. La question n’est donc pas résolu.

Toujours selon van Mander, il fut l’élève de Pieter Coecke van Aelst, artiste cultivé, doyen de la guilde des artistes, à la fois peintre et architecte. En 1552, il fait un voyage en Italie, poussant jusqu’à Rome où il a pu travailler avec le miniaturiste Giulio Clovio. Le Port de Naples, le décor de La Chute d’Icare et du Suicide de Saül ainsi que quelques dessins témoignent de son périple.

Entre 1555 et 1563, il est établi à Anvers et travaille pour l’éditeur Jérôme Cock, réalisant des dessins préliminaires pour des séries d’estampes.

À Anvers, il fréquente un cercle d’artistes et d’érudits humanistes notamment le mécène Nicolas Jonghelinck qui possédait seize de ses œuvres. On sait qu’il fut l’ami du cartographe Abraham Ortelius qui écrivit quelques lignes émouvantes à sa mémoire. Mais sa vie sociale déborde largement de ce milieu intellectuel. Il fréquente volontiers les noces paysannes auxquelles il se fait inviter comme « parent ou compatriote » des époux.

En 1562, à la demande de sa future belle-mère , il s’installe à Bruxelles dans le quartier des Marolles au 132 rue Haute dans une maison à pignons à gradins de style médiéval flamand typique du XVIe siècle. C’est à l’église Notre-Dame de la Chapelle qu’il épouse en 1563 Mayken Coecke, fille de son maître Pieter Coecke van Aelst.

En 1564 naît le premier de ses fils, Pieter Brueghel le Jeune, dit Bruegel d’Enfer. La situation politique et religieuse en Flandres se dégrade. En 1567 le Duc d’Albe entreprend une campagne de répression sanglante contre les rebelles, et c’est l’année même de l’exécution des comtes d’Egmont et de Horn que naît en 1568 son second fils, Jan Brueghel l’Ancien, dit Brueghel de Velours. Il semble certain que Brueghel l’Ancien ait reçu la protection du gouverneur des Pays-Bas espagnols, Perrenot de Granvelle, collectionneur de ses œuvres.

On ignore presque tout de la personnalité de Brueghel, en dehors de ces quelques lignes de Carel van Mander :

« C’était un homme tranquille, sage, et discret ; mais en compagnie, il était amusant et il aimait faire peur aux gens ou à ses apprentis avec des histoires de fantômes et mille autres diableries. »

Van Mander narre quelques anecdotes, plutôt fantaisistes, comme ses intrusions dans les mariages avec son ami Hans Frankaert, joaillier à Anvers :

« En compagnie de Franckert, Bruegel aimait aller visiter les paysans, à l’occasion de mariages ou de foires. Les deux hommes s’habillaient à la manière des paysans, et de même que les autres convives, apportaient des présents, et se comportaient comme si ils avaient appartenu à la famille ou étaient de l’entourage de l’un ou l’autre des époux. Bruegel se plaisait à observer les mœurs des paysans, leurs manières à table, leurs danses, leurs jeux, leurs façons de faire la cour, et toutes les drôleries auxquelles ils pouvaient se livrer, et que le peintre savait reproduire, avec beaucoup de sensibilité et d’humour, avec la couleur, aussi bien à l’aquarelle qu’à l’huile, étant également versé dans les deux techniques. Il connaissait bien le caractère des paysans et des paysannes de la Campine et des environs. Il savait comment les habiller avec naturel et peindre leurs gestes mal dégrossis lorsqu’ils dansaient, marchaient ou se tenaient debout ou s’occupaient à différentes tâches. Il dessinait avec une extraordinaire conviction et maîtrisait particulièrement bien le dessin à la plume. »

Brueghel meurt en 1569 et est enseveli dans l’église Notre-Dame de la Chapelle à Bruxelles.

On retrouve son effigie dans Les Effigies des peintres célèbres des Pays-Bas de Dominique Lampson. Ce portrait du peintre, attribué au graveur Jean Wierix, est publié avec un poème de Lampsonius en 1572.

La peinture de Brueghel est généralement présentée en trois périodes :

les premières compositions qui fourmillent de personnages pris sur le vif
le cycle des Mois qui raconte la marche du monde selon les lois de la Nature
les derniers tableaux où quelques grands personnages se détachent d’un paysage qui n’est plus qu’un fond.

Le peintre est en rupture avec ses prédécesseurs ou avec le goût italien de ce XVIe siècle. En faisant la jonction entre le Moyen Âge et la Renaissance, il dépasse l’art des Primitifs flamands et s’affranchit de celui des Italiens; l’unité de ses compositions, son talent narratif et son intérêt pour les « genres mineurs » en font un artiste inclassable dans l’histoire de l’art. Certains historiens se sont attachés à établir un lien entre Jérôme Bosch et Bruegel, unis par une tradition figurative. Bosch représente la fin du Moyen Âge, il est le dernier « primitif » et Bruegel commence un nouveau siècle, une ère moderne qui s’ouvre à la découverte de l’homme et du monde.

Cependant, l’œuvre de Bosch veut inspirer une terreur dévote, totalement absente de celle de Bruegel. Pour l’un, le monde n’est qu’un « rêve de Dieu » ou une tromperie du Diable ; la Nature est une tentation nuisible. Pour l’autre, l’action humaine prend au contraire toute sa valeur : joies ou défis au destin, l’homme doit tenter l’aventure malgré les menaces.

Contrairement aux peintres de la Renaissance, Bruegel n’a pas représenté de nu et ne s’est que fort peu intéressé au portrait. Ses personnages ronds sont très éloignés de la glorification des corps bien proportionnés. Dans ses tableaux dominés par la vie populaire, le peintre montre des paysans tels qu’ils sont dans leurs activités et divertissements. Pour la première fois dans l’histoire de la peinture, la classe rurale est humanisée dans une vision objective. Les têtes s’alignent et l’on sent l’artiste sensible aux émotions et aux faiblesses.

Même les scènes bibliques de Bruegel se situent pour la plupart dans un village et la description de la place publique qui fourmille de monde prend plus de place que le thème (voir le Dénombrement de Bethléem). Au XVIe siècle, en effet, la rue et la place étaient des lieux de rendez-vous et de divertissements : jeux d’hiver, carnaval, procession et kermesse, danses ou rites campagnards, tout était prétexte aux réjouissances et le peintre a su raconter ces rassemblements que Philippe II, d’ailleurs, voudra interdire.

Dans la série Les Mois qui montre l’union profonde des êtres vivants soumis aux cycles naturels, s’exprime la conception stoïcienne selon laquelle le monde est une construction bien ordonnée dans laquelle l’homme occupe une place précise et accepte son destin. En revanche, dans d’autres toiles, Bruegel semble craindre l’orgueil et la rébellion de l’homme contre l’ordre de la création (c’est Nemrod et sa folle entreprise, Icare et son rêve ou encore la punition des Anges rebelles). La joie peut cohabiter avec le danger si l’homme se soumet à la fatalité et s’intègre dans la symphonie des éléments naturels.

Sont répertoriés aujourd’hui une cinquantaine de tableaux comme étant de sa main, dont le tiers se trouve au Kunsthistorisches Museum de Vienne. Un grand nombre d’œuvres ont été perdues, et certains tableaux jadis attribués à Bruegel l’Ancien se sont avérés être des copies plus tardives réalisées par ses fils.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Pieter Brueghel l’Ancien de Wikipédia en français (auteurs)